PRESENTATION HISTORIQUE DU RITE FRANÇAIS

Du point de vue historique, on entend aujourd’hui par « Rite Français », le Rite constitué par les rituels et règlements élaborés dans les années 1780, et adoptés officiellement par le Grand Orient de France, en juillet-août 1785 pour les trois grades « bleus » ou « symboliques », puis en 1787 pour les hauts grades. En 1801, sous le titre « Régulateur du Maçon » pour les Grades symboliques et de « Régulateur des Chevaliers Maçons » pour les Hauts Grades, l’ensemble des sept rituels du Rite Français est imprimé et publié.

Du point de vue de la pratique actuelle, et en ce qui concerne plus particulièrement les grades bleus, ce Rite existe en différentes versions, toutes fondées sur la base des rituels du 18ème siècle : le Rite français moderne (arrêté en 1785), le Rite français Groussier (variante la plus laïque du rite pratiqué majoritairement au GODF), le Rite français traditionnel (ou Rite français moderne rétabli, débarrassé des modifications qu’il a connu au cours des 19ème et 20ème siècles), le Rite français de tradition (héritier direct de celui de 1786 caractérisé notamment par la sobriété de ses décors), et enfin le Rite français philosophique adopté par le GODF en 2002 après 30 ans d’élaboration (reprenant différemment la symbolique de la maçonnerie libérale et adogmatique).

L’appellation « Rite Français » ne remonte pas à l’origine historique du Rite, telle que je viens de la préciser. Encore moins remonte-t-elle, bien sûr, aux origines de la Maçonnerie française. Elle n’apparaît pas, en fait, avant les dernières années du 18ème siècle. À partir de cette époque, et tout au long du 19ème siècle, elle désigne le « Rite Français » tel que nous l’avons défini, c’est-à-dire le système en sept Grades adopté aux dates mentionnées. Toutefois, le Grand Orient lui-même n’a pas, dès l’origine, baptisé son système de « Rite Français ». Cette appellation n’apparaît jamais ni dans les rituels et règlements originels, ni dans les délibérations au cours desquelles ces rituels et règlements ont été approuvés. La plus ancienne occurrence que nous connaissons de l’appellation « Rite Français » se trouve dans un procès-verbal de délibération de la Chambre d’Administration du Grand Orient en date du 25 décembre 1799, où il est question d’une loge constituée à l’orient de New York « sous le Rit français ». Toutefois, cette appellation n’était pas encore bien fixée à ce moment, puisqu’une autre délibération, du 24 mars 1800, parle encore simplement du « système du Grand Orient ».

En fait, l’appellation semble avoir été forgée par opposition à celle de « Rite Ecossais ». Le terme « écossais » renvoie à l’origine aux hauts grades : il a d’abord qualifié une certaine classe de hauts grades. Par la suite, son sens a parfois été étendu pour désigner – ainsi que le terme « Ecossisme » –  la Maçonnerie des hauts grades. Et enfin, comme il n’y avait pas au 18ème siècle, la séparation stricte qui existe aujourd’hui entre hauts grades et grades bleus, l’appellation d’« Ecossais » en est venue à être appliquée par certains Rites à l’ensemble de leur système, y compris les grades bleus. Ainsi, en face de Rites qui s’intitulaient « écossais », on comprend que le système du Grand Orient de France ait été appelé « français ». Mais ce n’est pas là une appellation officielle qui lui aurait été donnée dès l’origine, c’est une appellation accidentelle qui s’est peu à peu imposée dans l’usage.

Les Rituels adoptés officiellement nous sont connus à travers plusieurs manuscrits antérieurs à la Révolution qui nous sont parvenus en bon état. Ces rituels n’étaient eux-mêmes que le résultat de l’uniformisation et de la codification des pratiques des loges françaises, en prenant ici le mot « françaises » en son sens géographique.

Il est courant d’entendre que chaque rite possède sa propre spécificité et sa propre spiritualité. Comme les autres rites, le Rite Français assoit son enseignement sur les emblèmes bibliques et les prétextes historiques qui y sont associés, mais il n’y adjoint aucune démarche hermétique, et s’appesantit plus sur la valeur morale des allégories qui sont utilisées, que sur leurs détails.

On a pu dire que la spécificité du Rite Français, c’est de ne pas en avoir : les autres Rites ont subi l’influence de facteurs extra-maçonniques, et que c’est cette influence qui donne à chacun sa spécificité, tandis que le Rite Français n’a subi aucune telle influence.  Cela vaut quand on compare le Rite Français aux autres Rites qui proviennent de la Maçonnerie française du 18ème siècle, c’est-à-dire au Rite Ecossais Rectifié, et au Rite Ecossais Ancien et Accepté, en laissant hors de la comparaison les Rites britanniques et américains. En particulier, le Rite Français n’a pas de doctrine explicite.

Qu’il n’ait pas de doctrine ne veut pas dire qu’il ne contienne pas d’enseignement, mais son enseignement n’est nulle part développé sous la forme doctrinale explicite et discursive dans les textes du rite.

La spiritualité maçonnique est enracinée dans la tradition judéo-chrétienne et a deux fondements très simples : la fraternité des hommes, la paternité de Dieu, celle-ci étant elle-même le fondement de celle-là.  Les maçons du Rite Français des grades bleus reçoivent ainsi un enseignement symbolique basé sur ces deux principes et les allégories qui s’y rattachent, sans développer la symbolique alchimique ou chevaleresque qui est présente dans d’autres rites.

Edmond Mazet définissait ainsi l’esprit du Rite Français auquel les frères qui le pratiquent sont très attachés : « Simplicité et absence de prétentions, convivialité, amitié chaleureuse, c’est ce que les frères ressentent dans nos assemblées, sans que cela exclue la profondeur spirituelle. Le Rite Français est un Rite dans lequel, comme on dit, on fait des choses sérieuses, sans se prendre au sérieux. »

Il n’est pas plus beau, ni meilleur que les autres Rites, il est comme eux, un chemin pour parvenir au sommet d’une colline vers où tous convergent, un chemin initiatique traditionnel parmi d’autres. Mais comme les autres rites, il n’est valable que bien pratiqué. Ceci implique pour les Francs-maçons réguliers de « le transmettre dans sa plénitude aux générations à venir ».

Je vous remercie de votre écoute.

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