Mon objectif n’est pas de faire œuvre d’historien, mais simplement de poser des repères ; Il est difficile en un laps de temps aussi court, de balayer plusieurs siècles. Vous comprenez bien mes frères, que cela représente une tâche impossible.

Lorsqu’on aborde l’histoire de la franc-maçonnerie, on évoque des événements très anciens, qui perdurent dans le temps. A partir du moment où une institution perdure, on peut se poser la question de sa légitimité et de son utilité. Dans le cas contraire ce mouvement périclite et disparaît.

La franc-maçonnerie, a une première caractéristique : elle remonte loin dans le temps. Elle a des racines ouvrières et opératives qui l’amènent à être repérée aux alentours du XIème siècle. Elle représente une institution qui a une longue continuité dans l’histoire humaine.

La franc-maçonnerie a perduré parce qu’elle possédait en son sein des valeurs qui se sont révélées permanentes et qui ont résisté à l’usure du temps. Lorsqu’une institution résiste aussi longtemps il émane d’elle quelque chose d’immuable ou pour le moins de très fort. Cela lui permet de traverser les siècles, de connaître des transformations tout en gardant ses caractéristiques fondamentales qui en faisaient son essence même à l’origine.

Nous possédons déjà quelques connaissances de cette institution puisque nous sommes à l’intérieur d’elle. Elle se fonde sur un certain nombre de principes immuables qui vont permettrent d’établir et de repérer les continuités pendant cette longue période historique (du Xème au XVIIIème). La maçonnerie elle aussi beaucoup changé depuis ses origines, strictement opératives . Néanmoins en son sein, un élément est de l ‘ordre du permanent et de l’immuable, et cet élément la fonde.

Si l’on cherche à interroger les sources pour en repérer les finalités, on cherche également, à établir les continuités. Etablir les continuités, c’est aussi chercher à s’approprier les moyens qui permettent de réaliser les finalités spirituelles.

Cette interrogation des sources comporte un aspect qui peut être historique, mais la visée de cette interrogation n’est pas purement livresque, elle est tout à fait opérative. Nous interrogeons les sources non seulement pour les connaître, mais pour nous en approprier la substance, et en vivre dans le cadre spécifique du métier de maçon ; cela ne relève pas simplement de l’intellect, mais aussi d’autres plans de la réalisation humaine. Le cadre choisi est celui des origines connues à partir du moment où nous avons un certains nombres de textes à notre disposition.

Ces premières sources historiques sont : la Charte de la construction de la cathédrale d’York en 960, puis un peu plus tard les statuts de Bologne en 1250, et ensuite la longue série  des Anciens Devoirs et Old Charges.

Nous constatons , aussi loin que nous remontons dans l’histoire de la franc-maçonnerie, une caractéristique apparaît d’emblée : la maçonnerie est connue comme une société de bâtisseurs. A l’origine on entend par maçonnerie tout ce qui tourne autour de la construction des cathédrales.

Si l’on examine ces corporations de métiers qui regroupent au départ, des tailleurs de pierre, des charpentiers et de nombreux métiers qui tourne autour de la construction d’une cathédrale, nous pouvons faire à partir de la fin du XIIème et pendant tout le XIIIème, un certains nombre de constats qui nous intéressent pour cerner les caractéristiques spirituelles de notre ordre et pour voir que nous sommes toujours tributaires et redevables de ces constances. La maçonnerie s’insère dans une Tradition. Le mot tradition implique deux significations : l’une historique (tradition de bâtisseurs), l’autre monastique.

Derrière les manifestations historiques concrètes, il y a des traditions ; mais lorsque nous parlons de tradition, nous remontons au cœur des choses. Je vais vous proposer la définition de Gustave THIBON sur la tradition. ( G . Thibon qui habitait Pont St Esprit et qui avait la particularité remarquable d’être à la fois paysan et philosophe ; tout en cultivant sa terre, il a appris le latin, le grec et l’hébreu. Ensuite il s’est orienté vers les philosophes classiques puis vers la tradition médiévale.

Voici la définition : « Je ne me retourne pas vers le passé mais je monte vers ce qui demeure » . Dans cette définition nous avons deux propositions.

 « Je ne me retourne pas vers ce qui est le passé » : Si nous retournions vers le passé nous réduirions la tradition à un simple conservatisme, à une volonté de garder le passé : ce qui est passé est par définition ce qui à fini de vivre.

 « Je monte vers ce qui demeure » : La  démarche traditionnelle consiste à aller vers les sources, non en tant qu’éléments qui appartiennent au passé mais en tant que sources vives. C’est un processus qui nous fait aller en arrière non pas par goût du conservatisme des choses ou des formes : mais pour alimenter notre réflexion et conforter notre progression.

Cette tradition s’enracine dans la révélation. Parler de révélation, c’est parler de dévoilement. Dieu se révèle aux hommes, non pas dans sa totalité mais dans ce qui est nécessaire à l’homme, pour acquérir la connaissance de sa propre finalité.

Dieu se révèle de deux manières :

Dans l’Exode 3/14 Moïse dit à Dieu : Voici, je vais trouver les israélites et je leur dit : « le Dieu de nos pères m’a envoyé vers vous ». Mais s’ils me disent : « Quel est son nom ? Que leur dirais-je ? » Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui est ».

Cela signifie qu’il est transcendant et qu’il reste un mystère pour l’homme. Ce passage de l’Exode contient en puissance les développements de la suite de la révélation :« il était, il est et vient, le maître de tout » Ap. 1/8

Dans ce dialogue Dieu ne livre pas à Moïse son essence. Sa réponse est suffisante car la Révélation n’a pas pour objectif de dévoiler le mystère de la substance de Dieu, mais simplement de donner à l’homme la connaissance de Dieu en tant que créateur.

Si vous remarquez que dans notre langage traditionnel, nous employons des mots comme  « Grand Architecte de l’Univers », nous parlons de « création », nous parlons dans certains rites du « régime d’alliance », nous parlons « d’obligations du maçon » qui sont contractées sur le volume, de la loi Sacrée . Toutes ces expressions  nous renvoient à cette notion fondamentale de Révélation.

Certains pourraient penser de ce fait que nous sommes dans le cadre d’une religion substituée. Les textes constitutionnels de la franc-maçonnerie affirment avec force que la maçonnerie n’est ni un religion, ni même le substitut d’une religion. La vie religieuse, elle, dépend d’un autre aspect et d’un autre domaine.

La maçonnerie est une voie de réalisation dans l’ordre de la création : elle s’insère dans une tradition immémoriale fondée sur l’art de bâtir et uniquement sur cet art de bâtir. Cette édification s’établit au moyen des outils symboliques de la construction.

Entre le Xème et du XIIème siècle la société évolue et se transforme.

Un nouveau genre d’associations se constitue, elle se nomment : Les Confréries.

Une autre forme juridique permet à cette époque aux travailleurs manuels de constituer des groupements autonomes. Elle fut appelée Guilde.

Confréries et guildes élargirent peu à peu le cercle de leur attributions et s’élevèrent au rang de véritable corps professionnels.

Une remarque terminologique s’impose ici en raison de fréquentes confusions. Quand le métier s’organise  le mot employé à l’origine en France est celui de Confrérie.

Plus tard on distingue la confrérie à but religieux et de bienfaisance, et le métier, organisme professionnel. Mais le métier est toujours doublé par une confrérie ; Il prendra le nom de communauté de métier, puis XVIIIème celui de Corporation.

Les métiers à partir du XIIIème sont toujours liés à un fief ou à une cité plus tard ils seront subordonnés au pouvoir royal.

Définition du métier : un métier est une activité professionnelle qui est inséparable de sa finalité spirituelle. Il est bien entendu que ce n’est pas la conception moderne du métier : c’est la conception traditionnelle issue du milieu où est née la maçonnerie, c’est à dire le moyen âge occidental et chrétien.

Il est à constater que tous les membres de la corporation n’entrent pas dans la confrérie. Cette dernière a pour but de donner au métier sa finalité spirituelle par la prière et l’exercice de la charité.

Ce métier s’insère donc dans une révélation. Il se veut une voie de réalisation spirituelle au plan de la création. Il invoque Dieu comme créateur et architecte des mondes. C’est là notre distinction qu’il est utile d’opérer entre la vision de Dieu dans la religion et la vision de Dieu dans la maçonnerie. La maçonnerie se place sous l’invocation de  Dieu dans ses travaux comme « Grand Architecte de l’Univers » appellation utilisée par Philibert  de l’Orme au XVIème. Elle n’a pas de doctrine de salut.

Puisque nous nous parlons de révélation, puisque nous parlons de Dieu créateur, nous parlons également d’alliance et d’obligations. L’Alliance revoie à des fondements bibliques, c’est aussi un contrat dans ses formes originelles. Le contrat lie Dieu et l’homme. Mais il est de l’ordre de l’initiative  libre et gratuite de Dieu.

Ce n’est pas un pacte bilatéral, mais un engagement gracieux que Dieu prend vis à vis de ceux qu’il a discernés, De l’autre côté il y a des commandements qui s’imposent à la partie humaine.

En quoi cette notion d’Alliance peut-elle nous intéresser ?

Tous les textes des Anciens Devoirs aussi important que le REGUIS ou le COOKE

précisent que la franc-maçonnerie s’enracine dans l’Alliance avec Dieu.

Les hommes se lient avec le Dieu créateur en prenant une obligation qui est librement et volontairement consentie. Mais à partir du moment où elle contractée , cette obligation les contraint à l’observance des commandements.

Ces caractéristiques apparaissent tout au long de l’histoire maçonnique du XIème au XVIIIème. Nous allons retrouver ces constantes tout au long de l’histoire de la maçonnerie entre les premières confréries médiévales jusqu’à  l’organisation de la maçonnerie contemporaine en sociétés spéculatives.

Sur le plan de la réalisation la maçonnerie met en œuvre : Un Art Royal et une Science Sacrée, par la valorisation du travail. Si l’on parle de science aujourd’hui, on met toujours quelque chose derrière : la biologie, la médecine, l’informatique etc ……..Les médiévaux avaient une perspective plus large qui englobait la connaissance des choses de Dieu.

Cette science pour la maçonnerie de tradition est la géométrie. Elle a pour objectif de donner à celui qui la cultive le discernement nécessaire pour se construire conformément au plan du G.A.D.L.U.

Tous les thèmes symboliques, de la taille de la pierre par exemple, ne sont pas des thèmes irréels. Ils sont bien concrets au contraire ! Car cette pierre doit être taillée par l’appropriation d’outils, eux mêmes liés dans une science, qui est la géométrie.

La création est un processus  qui n’est pas achevé. L’homme doit parachever cette création , il devient le collaborateur de Dieu. Cette idée de collaboration parcourt tous les manuscrits anciens et forme une des caractéristiques essentielle de la maçonnerie de tradition.

A partir du XVIème – XVIIème on assiste de plus en plus à la disparition progressive des gens de métier proprement dit et à l’entrée de plus en plus massive au cours du temps de personnes acceptées qui ne sont pas du métier. Cette période de transition  se termine  au début du XVIIIème siècle où il n’y a plus d’opératifs, il ne reste que des acceptés : c’est à dire des spéculatifs. Ce qui entraîne en  la création de la première grande loge de londres en 1717, avec l’élection d’un Grand Maître . On voit donc apparaître une structure nouvelle qui correspond à une nécessité ( plus d’opératifs mais des acceptés).

Si la distinction entre opératifs et spéculatifs doit être maintenue elle n’est que d’ordre historique montrant la transformation de l’Ordre au début du XVIIIème.

La maçonnerie reste en effet un ordre opératif au sens spirituel du terme.

Le profond changement est que nous ne sommes plus des ouvriers de la pierre, du

bois ou du fer ; nous ne taillons plus la pierre ; mais des ouvriers qui avec l’action symbolique de ces mêmes outils taillent un autre matériau : nous nous taillons nous- mêmes.

Ceci suppose qu’ un travail personnel est à effectuer ce qui implique que la maçonnerie reste l’expression d’une attitude opérative : c’est une constante qui ne disparaît jamais.

Malgré les changements historiques considérables, la nouveauté dans l’organisation du métier, est la transformation radicale de ce métier, malgré le passage de l’opératif au spéculatif, les constantes opératives restent les mêmes : se transformer, s’améliorer, se perfectionner. Les constantes de ce métier sont énoncées dans les Constitutions d’Anderson.

Ce qui vous est proposé dans cet exposé de formation, n’est pas une œuvre d’érudition.

L’objectif est de repérer les continuités ; de tirer le fil à partir de nous, pour remonter le temps. Et avec ce fil, de ne pas perdre l’orientation pour être en prise avec les sources mêmes de la maçonnerie. Egalement pour bien vivre de ces sources.

L’objectif n’est pas un objectif intellectuel, il s’agit d’un objectif vivant et spirituel, qui vous permettra par la reflexion de chercher à avoir un certain nombre de clés, d’une part pour mieux comprendre la société dans laquelle vous êtes entrés, d’autre part pour remplir l’obligation que nous avons tous : celle de transmettre en formant nos frères qui viennent d’entrer dans nos loges et les aider ainsi à grandir spirituellement

Atteindre et faire atteindre aux autres la finalité spirituelle de la Maçonnerie de Tradition : C’est là l’essentiel.

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